Coopération maroco-allemande en matière de l'archéologie

Préhistoire et Protohistoire du Rif Oriental

Depuis l’année 1995, l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) du Ministère de la Culture et la "Commission d'Archéologie des Civilisations extra européennes" (Kommission für Archäologie Außereuropäischer Kulturen des Deutschen Archäologischen Instituts - KAAK) ont entrepris, dans le cadre d’un accord de coopération bilatérale, des recherches archéologiques dans la région du Rif oriental (Provinces d'Al Hoceima, de Taza, de Nador, de Guercif et de Driouch).

Le concept de ce projet découle de la réflexion de mener une recherche fondamentale  afin de déterminer les traits distinctifs des différentes cultures matérielles qui se sont succédées sur cette région depuis la Préhistoire ancienne jusqu'à l'époque islamique. L'objectif est de saisir aussi la nature et les aspects des interactions et des influences qui ont eu lieu entre les populations à l’époque à la frontière des continents africain et européen.

Les prospections réalisées dans une grande partie du Rif oriental ont permis la mise au jour de plus de 300 sites archéologiques inédits. Ces derniers se composent de sites d’habitat en grotte, en sous abri et de plein air ainsi que de gîtes de matières premières et de tombes préislamiques. Les résultats des fouilles systématiques effectués dans les sites majeurs ont permis l’identification de plusieurs cultures matérielles dont la plus ancienne remonterait à l’Acheuléen et serait datée aux environs de 400 000 ans et 100 000 ans. Les traces de cette civilisation ont été reconnues notamment dans le site d’Ammoréné Ifantaras (commune de Kebdani, province de Nador) où furent recueillis des bifaces, des hachereaux, des pics, etc…façonnés exclusivement à partir de la roche volcanique locale.

Le Paléolithique moyen a été mis en évidence lors des fouilles réalisées notamment dans l’abri d’Ifri n’Ammar (commune d’Afsou, province de Driouch). Ces travaux ont permis la mise au jour d’une stratigraphie d’une puissance de 6.30 mètres. Sa partie inférieure, épaisse de plus de 4 m, est constituée de dépôts anthropiques appartenant à la civilisation atérienne. Les traces de cette dernière sont composées d’un riche outillage lithique que les datations par la thermoluminescence situent entre 178 000 ans et 78 000 ans. Au plan chronologique, ils constitueraient les plus anciennes traces de cette civilisation qui occupa à l’époque toutes les régions de l’Afrique du Nord.

Les couches supérieurs du site d’Ifri n’Ammar ont également fourni un riche arsenal de produits lithiques qui remontent à la civilisation ibéromaurusienne. Celle-ci, reconnue également  dans la grotte d’Ifri El Baroud et de Hassi Ouenzga plein air (commune de Saka, province de Guercif) ainsi que dans d’autres sites mineurs, est datée entre 18 000 ans et 7 500 ans av. J.-C.

Les traces des premières sociétés agro-pastorales néolithiques ont été identifiées notamment dans les sites de Hassi Ouenzga et de Taghit Haddouch (commune de Saka, province de Guercif) situés à l’intérieur des terres, ainsi que dans les sites d’Ifri Oudaden, d’Ifri n’Armas et d’Ifri Ouzabour localisés sur les zones du littoral. Tous ces sites ont livré des produits céramiques qui remonteraient au Néolithique ancien et final et serait datés entre 6 500 ans et 3 000 ans av. J.-C. Ces dates très hautes du Néolithique ancien impartissent au Rif un rôle significatif dans le processus de la néolithisation du Maghreb. D’un autre côté, les aspects typo-morphologiques de certaines trouvailles révèlent l’existence de relations entre les différentes populations de l’époque du Détroit jusqu'à l'Oranais algérien.

La période protohistorique n’est représentée au Rif oriental que par des tumuli d’une simple architecture, qu’on trouve isolés ou regroupés dans des petites nécropoles. Cependant, leur étude a fourni de précieuses informations sur les rites funéraires que pratiquaient leurs édificateurs à l’époque. Les recherches menées dans le Rif oriental au cours de ces deux dernières décennies ont permis d’obtenir des résultats spectaculaires et ont apporté des données nouvelles qui ont contribué à enrichir nos connaissances non seulement sur la Préhistoire du Maroc mais aussi sur celles de l’Afrique du Nord et du Bassin de la Méditerranée occidentale.

Par ailleurs, l’une des découvertes majeurs au site d’Ifri n’Ammar est la mise au jour dans l’occupation supérieure du Paléolithique moyen de deux coquilles de gastéropodes marins (Nassarius gibbosulus et Nassarius sp.) colorées et percées par l’Homme qui les utilisaient comme objets de parure. Datées d’environ 80 000 ans, ils viennent s’ajouter à celles déjà signalées dans d’autres sites de l’Afrique du Nord, de l’Afrique du Sud et du Moyen orient. Leur utilisation ne jouait pas un rôle uniquement décoratif mais elle traduisait la naissance de l’expression symbolique, de l’Art et en toute vraisemblance du langage. Conjuguée aux résultats des datations fiables, elle atteste d’une certaine modernité comportementale des populations atériennes d’Ifri n’Ammar et met en évidence la question de l’ancienneté de l’Homme moderne dans la région du Nord-ouest africain.

Les récents développements dans la région incitent à entamer un nouveau projet sur la côte méditerranéenne: "Le Néolithique de la côte méditerranéenne du Maroc".

"Commission d'Archéologie des Civilisations extra européennes" (Site-web en allemand)

Projet:

Préhistoire et Protohistoire du Rif Oriental

Projet:

Le Néolithique de la côte méditerranéenne du Maroc

Site d'Ifri n'Ammar

Panneau Ifri n'Ammar [pdf, 62,55k]

Depuis le 18 Juin 2005 existe avec l' Institut National des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine, Rabat, un Protocole d'accord sur un projet de recherche et de fouille sur l'île de Mogador et sa région (Essaouira).

Archéologie

Allocution de l'ambassadeur d'Allemagne

INSAP

à l'occasion de la présentation du livre "La Grotte d'Ifri N'Ammar - Le paléolithique moyen", le 30-06-2010 à Rabat.

Images de la coopération maroco-allemande en matière d'archéologie